Pascal Regnaudin concepteur artistique
Atelier écriture - Extrait de l'histoire audio
Elle avait un regard songeur, cherchant refuge dans les volutes bleues de la fumée des cigarettes se consumant à outrance dans le P’tit Bistrot. Un homme, au comptoir, buvait sa bière en la fixant, comme à l’habitude devant l’étrangeté, parce qu’elle faisait partie de ces êtres que l’on observe tout en devinant pourquoi ils vous attirent. Trois hommes discutaient fort d’histoires sans queue ni tête et je sentis, en elle, monter une lassitude qu’elle avala avec le reste de sa bière. Face à ce regard troublé, je pâlis pour la première fois en prenant de plein fouet cette envie farouche et sanglante qu’elle eut de massacrer tout autour d’elle : c’était dans la chair vive que le fauve monstrueux plantait ses griffes acérées, déchirant à coup de crocs les visages aux regards effarés, alors que, comme si de rien était, elle se dirigeait déjà vers la sortie du bar, en saluant d’une main distraite, les gens d’ici, les gens d’ailleurs. Je la suivis comme son ombre, tandis qu’autour de tout ce monde planait encore sa pensée. Dehors, la pluie ne fit que semblant de lui rafraîchir les idées car les effluves alcoolisés créaient un grand dialogue entre le triste décor de la ruelle emplie de lueurs crépusculaires et de solitude, et le soleil d’espérance et de feu qui animait les visions nocturnes de cette Etrange Dame. Parfois, elle s’arrêtait pour contempler les milliers de gouttelettes qui, sous la lueur des réverbères, se transformaient en pluie d’étoiles qu’elle quittait pour survoler, à la vitesse de la lumière, un passé empreint d’ardentes passions, de couleurs sublimes, d’échos mystérieux, de puissants tumultes, de parfums d’écume, d’hommes- lions, de voûtes de brume, de spectres monstrueux, d’escaliers plongeant dans les entrailles de la terre, éclairés par de pâles flambeaux ; elle me surprit en pensant tout haut :
-J’ai des lumières possibles, tous les délices de l’invisible !
La nuit, espace où tout est calme et reposé, semblait la faire vibrer d’une étincelle hallucinée. Derrière elle, l’avenue se noyait dans un voile automnal et nocturne ; devant elle se dessinait un parc pour enfants, parfumé de senteurs joyeuses et virevoltantes où elle décida, comme je présumai qu’elle y était accoutumée, d’une pause avant de rentrer chez elle. La pluie ne tombait presque plus de la voûte céleste. Tout autour, elle entendait encore les grosses gouttes rebondir lourdement sur les feuilles vernies. C’était un bruit qui soulignait le silence et le rendait plus profond. Son acuité auditive lui permit d’entendre un battement d’ailes venu de l’infiniment grand, alors que, songeur, je me surpris à contempler ce visage radieux, cette étoile lumineuse perdue dans l’univers ; je découvris enfin, lorsque sa main dégagea ses longs cheveux noirs vers l’arrière, un front de caractère et des yeux en amandes cherchant, avec la curiosité de ceux d’un enfant, à voir surgir l’espoir en début de soirée. Sa bouche, amorçant un sourire, était toute de grâce lorsque vint se poser près du banc, à ses pieds, une tourterelle, heureuse apparemment de se retrouver là. Cet animal la regarda d’un œil suspicieux puis, rassuré par la présence aimable de Liza, c’est ainsi que je la nommais, roucoula un moment comme pour dire : le parc est à moi et j’ai toute la nuit pour trouver à picorer, si par bonheur quelque chat du quartier ne vient, par trop, rôder sur son terrain de chasse.
Malgré la beauté expressive émanant du visage de Liza, je ressentais, puisque son cœur était grand ouvert, une blessure profonde, la fatigue qui s’imposait à ce corps de quarante ans, alors que dans son livre de vie, elle avait tant de mal et de peur à découvrir une autre histoire, et à l’écrire évidemment. Je m’apprêtais à scruter un passé forcément riche d’expériences vécues, lorsqu’elle me surprit de nouveau en pensant tout haut ; décidément, cette femme avait attrapé la maladie des poètes, toujours en proie, et notamment la nuit, à des images colorées se déversant par flots continus dans cet esprit ouvert et ce malgré sa peine :
Derrière elle, le parc pour enfants se noyait dans un voile automnal et nocturne, devant elle se dessinait le chemin de la vie avec ses joies et ses peines, ses couleurs et ses parfums. Bien qu’habitué à voir en peine les grands sentiments humains, j’eus envie, avec elle, de cheminer main dans la main.
Atelier écriture - Extrait de l'histoire audio Parfums d'existence - réalisé avec des adultes - Pascal Regnaudin
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Elle avait un regard songeur, cherchant refuge dans les volutes bleues de la fumée des cigarettes se consumant à outrance dans le P’tit Bistrot. Un homme, au comptoir, buvait sa bière en la fixant, comme à l’habitude devant l’étrangeté, parce qu’elle faisait partie de ces êtres que l’on observe tout en devinant pourquoi ils vous attirent. Trois hommes discutaient fort d’histoires sans queue ni tête et je sentis, en elle, monter une lassitude qu’elle avala avec le reste de sa bière. Face à ce regard troublé, je pâlis pour la première fois en prenant de plein fouet cette envie farouche et sanglante qu’elle eut de massacrer tout autour d’elle : c’était dans la chair vive que le fauve monstrueux plantait ses griffes acérées, déchirant à coup de crocs les visages aux regards effarés, alors que, comme si de rien était, elle se dirigeait déjà vers la sortie du bar, en saluant d’une main distraite, les gens d’ici, les gens d’ailleurs. Je la suivis comme son ombre, tandis qu’autour de tout ce monde planait encore sa pensée. Dehors, la pluie ne fit que semblant de lui rafraîchir les idées car les effluves alcoolisés créaient un grand dialogue entre le triste décor de la ruelle emplie de lueurs crépusculaires et de solitude, et le soleil d’espérance et de feu qui animait les visions nocturnes de cette Etrange Dame. Parfois, elle s’arrêtait pour contempler les milliers de gouttelettes qui, sous la lueur des réverbères, se transformaient en pluie d’étoiles qu’elle quittait pour survoler, à la vitesse de la lumière, un passé empreint d’ardentes passions, de couleurs sublimes, d’échos mystérieux, de puissants tumultes, de parfums d’écume, d’hommes- lions, de voûtes de brume, de spectres monstrueux, d’escaliers plongeant dans les entrailles de la terre, éclairés par de pâles flambeaux ; elle me surprit en pensant tout haut :
-J’ai des lumières possibles, tous les délices de l’invisible !
La nuit, espace où tout est calme et reposé, semblait la faire vibrer d’une étincelle hallucinée. Derrière elle, l’avenue se noyait dans un voile automnal et nocturne ; devant elle se dessinait un parc pour enfants, parfumé de senteurs joyeuses et virevoltantes où elle décida, comme je présumai qu’elle y était accoutumée, d’une pause avant de rentrer chez elle. La pluie ne tombait presque plus de la voûte céleste. Tout autour, elle entendait encore les grosses gouttes rebondir lourdement sur les feuilles vernies. C’était un bruit qui soulignait le silence et le rendait plus profond. Son acuité auditive lui permit d’entendre un battement d’ailes venu de l’infiniment grand, alors que, songeur, je me surpris à contempler ce visage radieux, cette étoile lumineuse perdue dans l’univers ; je découvris enfin, lorsque sa main dégagea ses longs cheveux noirs vers l’arrière, un front de caractère et des yeux en amandes cherchant, avec la curiosité de ceux d’un enfant, à voir surgir l’espoir en début de soirée. Sa bouche, amorçant un sourire, était toute de grâce lorsque vint se poser près du banc, à ses pieds, une tourterelle, heureuse apparemment de se retrouver là. Cet animal la regarda d’un œil suspicieux puis, rassuré par la présence aimable de Liza, c’est ainsi que je la nommais, roucoula un moment comme pour dire : le parc est à moi et j’ai toute la nuit pour trouver à picorer, si par bonheur quelque chat du quartier ne vient, par trop, rôder sur son terrain de chasse.
Malgré la beauté expressive émanant du visage de Liza, je ressentais, puisque son cœur était grand ouvert, une blessure profonde, la fatigue qui s’imposait à ce corps de quarante ans, alors que dans son livre de vie, elle avait tant de mal et de peur à découvrir une autre histoire, et à l’écrire évidemment. Je m’apprêtais à scruter un passé forcément riche d’expériences vécues, lorsqu’elle me surprit de nouveau en pensant tout haut ; décidément, cette femme avait attrapé la maladie des poètes, toujours en proie, et notamment la nuit, à des images colorées se déversant par flots continus dans cet esprit ouvert et ce malgré sa peine :
Derrière elle, le parc pour enfants se noyait dans un voile automnal et nocturne, devant elle se dessinait le chemin de la vie avec ses joies et ses peines, ses couleurs et ses parfums. Bien qu’habitué à voir en peine les grands sentiments humains, j’eus envie, avec elle, de cheminer main dans la main.
Atelier écriture - Extrait de l'histoire audio Parfums d'existence - réalisé avec des adultes - Pascal Regnaudin
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Lun 10 mar 2008
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