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Hôtel de l'Esquamach (Fiction)

Le monde des humains dérive sous l'effet d'une dégénérescence chronique. Des millions de villes reflètent la pâleur de leurs cieux oxydés. Les appellations rivalisent de sonorités étranges et n'ont d'importance uniquement pour ceux qui se donnent encore la peine de respirer : de bon augure, certains font toujours recette, d'autres à l'affût, subsistent à leurs besoins, la plupart font grise-mine, végètent, sombrent dans la démence. Plus que de coutume, tous ces acteurs continuent à s'identifier par des pseudonymes, suite à l'invasion technologique d'Internet. Cependant aujourd'hui, la toile n'est plus qu'un infini désert. Il n'y a plus d'administrations éducative, culturelle et sociale. Les lois sont celles de la jungle. Le Dollar n'existe plus. Le platine, le palladium, l'or et l'argent ainsi que toutes les pierres fines ou précieuses sont les grandes devises ; la prostitution, l'esclavage et le crime en sont les principaux substituts. En somme, peu de changement dans la continuité...

 


Texte intégral au format PDF  |  Illustration de Jean-Luc RAULIN  |

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Plage-couchant

 

Si proche d'être lointaine
27/09/2010

La syrinx des voix célestes m'enchante, me conte.
Loin des méprises paradisiaques, absolues,
Ténébreuses, dogmatiques, rituelles ou magiques.
Rien d'extraordinaire en fait, rien de bien spirituel.
Ce sont nuages qui passent, mon plafond est bien bas.
Un oiseau, le couchant, une étoile, la lune,
La brillance au milieu de la nuit sous la voûte,
Un silence...
De mon balconnet je les entends ces voix
Transcrites illico sur mon plan d'écriture,
Une flamme de cire exhumant tous mes maux.
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Absence qui perdure au delà de la mort,
Précieuse entité accrochée au futur.
L'homme que je suis en sa mémoire sénile,
Cherche pourquoi le manque est si présent,
Si clair dans l'eau trouble de ses sphères rachidiennes,
Etre qui se pâmait solitaire amoureux,
Détaché comme un chien fidèle vagabond.
Ce sont nuages qui passent, regards qui se souviennent.

 

 


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 Extrait du conte


...Avant de prendre son bus, il s'arrête quotidiennement au café Avec ou sans sucre. Comme le brouillard a pris soin de voiler les enseignes commerçantes, seuls les couleurs, les parfums et les sons affichent encore un repère sûr.
Pour le café Avec ou sans sucre, c'est le rouge orangé, le chocolat chaud, le café et le tintouin. Et pas n'importe quel tintouin…
Rêveur découvre une agitation peu commune dans l'établissement. Il se fraye péniblement un passage jusqu'au comptoir, commande un colombien avec un demi sucre roux et tente de comprendre les causes de ce branle-bas de combat inhabituel. Apparemment, les communications ne passent plus.
Soudain, tout le monde se tait. Le patron vient de gueuler un bon coup :

-Arrêtez de souffler dans vos trompettes et laissons parler le porteur de nouvelles que vous connaissez tous sous sa casquette de chef de gare.

Emergeant subitement d'un groupe, le porteur de nouvelles monte sur une table avec un mal de chien pour assurer son équilibre et prend la parole :

-Mesdames !... Messieurs !... Le temps est devenu taquin !... Il va nous falloir créer un petit comité susceptible, entre autre, d'informer la population sur la suite des évènements sans précédent qui se sont mis en place cette nuit. Le boulanger en est encore tout retourné. Aussi vous voudrez bien l'excuser d'avoir grillé sa fournée … Pour ce matin, nous avons pu sauver quelques pains mais les croissants sont cramés, nom d'un wagon-restaurant !...
Messieurs dames !... Allons !... Messieurs dames !... Ceux qui veulent des renseignements s'adresseront ici : Au Café Avec ou sans sucre. La seule chose que je puisse vous dire est celle-ci : Il ne reste qu'un véhicule de disponible : le Bus N°3. Il assurera donc la navette entre la place de l'Ancienne Miroiterie des Illusionnistes et la gare de Songe les Bains. Attention !... Ce n'est pas un brouillard dont les intentions soient très claires !... Apparemment, le reste de la ville et du monde n'existent plus pour l'instant, nom d'un wagon-lit…

Pour éviter tout ce tintouin, deux joueurs d'échecs du quartier se sont installés dehors. Rêveur se dit que le brouillard doit certainement perturber leurs fines stratégies en voilant subtilement un cavalier en prise, puis une reine adverse étrangement amoureuse, un fou qui réfléchit face à sa diagonale un temps soit peu libertine, une tour Génoise protégeant son île … Notre Alexandre Kotov régional, monsieur Poutchi, surnommé Poutchikof, n'a pas une seule fois levé le nez de son échiquier … Il n'est pas au courant de ce qui se passe et s'en contrefout d'ailleurs.


Extrait du conte Elcofis - Pascal Regnaudin

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