Texte

 Extrait du conte


...Avant de prendre son bus, il s'arrête quotidiennement au café Avec ou sans sucre. Comme le brouillard a pris soin de voiler les enseignes commerçantes, seuls les couleurs, les parfums et les sons affichent encore un repère sûr.
Pour le café Avec ou sans sucre, c'est le rouge orangé, le chocolat chaud, le café et le tintouin. Et pas n'importe quel tintouin…
Rêveur découvre une agitation peu commune dans l'établissement. Il se fraye péniblement un passage jusqu'au comptoir, commande un colombien avec un demi sucre roux et tente de comprendre les causes de ce branle-bas de combat inhabituel. Apparemment, les communications ne passent plus.
Soudain, tout le monde se tait. Le patron vient de gueuler un bon coup :

-Arrêtez de souffler dans vos trompettes et laissons parler le porteur de nouvelles que vous connaissez tous sous sa casquette de chef de gare.

Emergeant subitement d'un groupe, le porteur de nouvelles monte sur une table avec un mal de chien pour assurer son équilibre et prend la parole :

-Mesdames !... Messieurs !... Le temps est devenu taquin !... Il va nous falloir créer un petit comité susceptible, entre autre, d'informer la population sur la suite des évènements sans précédent qui se sont mis en place cette nuit. Le boulanger en est encore tout retourné. Aussi vous voudrez bien l'excuser d'avoir grillé sa fournée … Pour ce matin, nous avons pu sauver quelques pains mais les croissants sont cramés, nom d'un wagon-restaurant !...
Messieurs dames !... Allons !... Messieurs dames !... Ceux qui veulent des renseignements s'adresseront ici : Au Café Avec ou sans sucre. La seule chose que je puisse vous dire est celle-ci : Il ne reste qu'un véhicule de disponible : le Bus N°3. Il assurera donc la navette entre la place de l'Ancienne Miroiterie des Illusionnistes et la gare de Songe les Bains. Attention !... Ce n'est pas un brouillard dont les intentions soient très claires !... Apparemment, le reste de la ville et du monde n'existent plus pour l'instant, nom d'un wagon-lit…

Pour éviter tout ce tintouin, deux joueurs d'échecs du quartier se sont installés dehors. Rêveur se dit que le brouillard doit certainement perturber leurs fines stratégies en voilant subtilement un cavalier en prise, puis une reine adverse étrangement amoureuse, un fou qui réfléchit face à sa diagonale un temps soit peu libertine, une tour Génoise protégeant son île … Notre Alexandre Kotov régional, monsieur Poutchi, surnommé Poutchikof, n'a pas une seule fois levé le nez de son échiquier … Il n'est pas au courant de ce qui se passe et s'en contrefout d'ailleurs.


Extrait du conte Elcofis - Pascal Regnaudin

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Extrait du recueil


Bien gratifiant
-
Bien qu'en accord avec l'essentialité de l'art pour le mieux être comme pour le pire, au même titre que l'air que je respire est indispensable à ma santé physique et mentale s'il n'est pas trop azoté, je vous offre ceci :
La quête d'autre chose qu'une convalescence évidemment bénéfique par la thérapie de l'art dépasse l'entendement de celui ou de celle qui en soutient la thèse lorsque l'enjeu existentialiste déjà au bien-être aspire légitimement à quelque chose d'autrement gratifiant.    

Tu bailles,  tu es la porte que j'ai choisie
 -
Tu bailles ici sur un chemin d’histoire, celui des muletiers ! Charpentée que tu es, d’essence sylvestre et de palette fardée. Tu t’appuies au sol rocheux puis quand je sollicite ton ouverture, tu pleures de ton pied vermoulu, usé, qui râpe sur le granit et la châtaigne, comme une vague écume son service au roc infatigable. Tu t’agrippes maladroitement au pieu qui te sert de chambranle par le gris cordage effiloché du pécheur et par ce fil de fer martyrisant ta veine tout au long de l’échine. Aujourd’hui plus que jamais, tu honores de ta silhouette accueillante le chemin dont tu es la gardienne. Tu restes la plus belle à mes yeux puisque je t’ai choisie bien plus que les majestueuses de ce monde ! De la citadelle, de la forteresse, de Saint-Denis, de Saint-Martin, ou bien encore secrète, d’entrée ou de sortie, de service, de secours ou bien de cathédrale ! Je t’aime aux couleurs des campagnes, moi qui suis de la ville et je devine, sur le chemin que tu m’offres, mon oxygène pour demain ! Tu es la porte que j'ai choisie !

Ce n’est pas le temps d’amour
-
Ce n’est pas le temps qui passe et dégrade mes vertus, mes principes, mon ego, mes fantasmes, mais bien moi qui glisse sur lui comme un toboggan s’amuse d’un enfant. Les couleurs pastels passeront-elles avant que mon regard n’en use ? Le soleil se couche t-il en emportant les pigments colorés de mon extravagance ? Mon regard porté sur la valeur marchande que représente une genèse insouciante, apanage du temps, pèse t-il, de son vieil âge réfléchi, un quart d’once d’espérance de longévité supplémentaire, et accordée par qui ?… pourquoi ?
Bien sûr j’entends déjà les voix du mécontentement, du désaccord, de la censure. Si le tourment est synonyme de longévité, il n’en va pas moins que mon amour s’accommode également fort bien de toute une éternité. Quant à mes points noirs, mes furoncles ancestraux, ma mauvaise humeur fossilisée, mes rides, mes fractures de l’écorce terrestre, mes disques lombaires inexistants, fossilisés eux aussi, mon anachronisme radoteur décousant le sens de sa propre raison…(extrait)

Cette vieille dame la bouteille

(Patrimonio est un village situé au pied du Cap Corse, sur la route des vins)
Cette bouteille de Patrimonio, millésimée, divine en apparence et prometteuse de volutes m'enveloppant déjà, me fut apportée sur une table de jardin planté de bois exotiques et voluptueux des senteurs mauresques… La serveuse ?... Une jeune femme ondulante à souhait vers le sensuel exotisme. Son galbe m’offrit un bonheur de frisson lorsque mes doigts effleurèrent ces courbes enjôleuses.
Des gouttelettes perlaient à la saison torride sur ce caractère étonnement voluptueux. Son corps, peut-être négocié dans les plus beaux palais, mais aussi son espoir d’être un jour goûtée par une bouche experte, ivre de sa beauté, attendaient avec une infinie patience. Elle fut ouverte à mes naseaux entre des cuisses chaudes et l'on me proposa de la goûter avant d'abuser d'elle sans aucune modération.
 Pourtant détrompez-vous car si mes yeux rêveurs de sur la jeune femme, cherchaient un peu d’ivresse en guise d’aventure, mes pensées n’en allaient pas moins pour la vieille dame.

Imaginez-vous votre interlocuteur
-
Imaginez-vous argumenter avec des propos aussi loin d'être convaincants que proportionnels à l'entendement de celui qui va les recevoir.... que va penser votre interlocuteur ?...


Extrait du recueil Entelekheia - Pascal Regnaudin

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Extrait du recueil


Préface

Vos écrits correspondent à une sensibilité tournée vers l’exigence d’absolu et de partages intenses d’une densité rare. Je ne sais s’ils ont trouvé l’oreille susceptible de les rejoindre. Je vous le souhaite. Plein de vie à vous.
(Jacques Salome)

Néréide aventurière

Les conséquences d’une rencontre, fut-elle fortuite,
Pouvaient simplifier l’attribut jusque l’hymen infécond.
Il fallut, pour que le sort nous jetât l’aventure,
Un septembre ocre et pourpre sur l’espace vif d’une végétation abondante,
Eternelle parure de l’onde par là-même mystérieuse
Où sévissait un plat rocher à l’abri des joncs.
Comme si la soif d’un prince eut, sur la pierre, été un appel,
Une porte s’ouvrit brusquement :
Jadis, un aventurier, sur la berge feuillue d’une rivière,
Et qui but l’eau limpide à la cruche
Amoureusement tendue par une nymphe bleue,
N’eut pas le temps d’exaucer sa prière
Que le liquide frais, à la bouche,
Le transporta en d’autres lieux !…
L’écoulement des âges en ces contrées rêveuses
Balançait et d’avance inopinément entre minute et siècle.
Après un laps d’éternité à deviner celle
Qui se devait fleurir en oraison nuptiale,
L’homme se retrouva nu devant sa solitude !
Aucune femme-fleur se détachant du sein de l’arbre
Et dont la chevelure semblait faite de pétales d’or
Qu’il effleure puis caresse.
Aucun bruissement de... (extrait)

Le masque porteur

Aujourd’hui c’est le carnaval. Derrière leurs masques grotesques,
Souriants, tristes, menaçants, ne se cachent-ils pas les gens
Dans leurs fantasmes les plus extravagants ?!…
J’aimerais connaître celle qui porte un masque de sorcier africain
Plus particulièrement, parce qu’elle le porte bien, elle le tient à la main !
Son visage est tout épanoui et cherche en vain l’âme sœur
Un cœur humble comme... (extrait)

Le clown et la petite fille

Ce soir je suis seul comme tous les soirs et j’écris :
Une petite fille, perdue, abandonnée, vint par chez les forains
Croiser son chemin lugubre et plein de désarrois !
Quand soudain le nez rouge au pied d’une roulotte
Lui fit écarquiller les yeux. Il semblait bien penaud.
Et dans la caravane un visage tout blanc,
De par sa grosse bouche rouge, lui souriait !...
C’est alors qu’un papillon tournicota sur la trop grande veste à carreaux !
Elle se mit à rire, petite princesse et pleurant en même temps,
Des larmes de diamant perlaient sur ses joues rosies par le froid de son pauvre cœur !
La porte s’ouvrit puis, dans... (extrait)

Le jugement des prétendants

« Alors, dénigrez-vous toujours devant fait accompli ?
Témoin gênant ou bien complice ayant trahi ?
Que vous n’êtes pour rien dans cette tragédie ?
Avez-vous oui ou non embrassé celle qui
Aujourd’hui tremble encore de cette ignominie ?
Etes-vous celui-ci, m’as-tu vu, les « on dit » ?
Arborez-vous toujours fièrement la magie
Des amants séducteurs, grande sorcellerie ?
Condamné que vous êtes et par nous, aujourd’hui
A souffrir le martyr et finir dans l’oubli ?
Ou bien n’êtes-vous que sot, impossible puceau ?
Générateur de... (extrait)

Du Parmelan vers toi


Je vois d’ici un morceau de ciel gris lourd
S’écrasant sur la montagne interdite
Par les crevasses et les glaces blanches
Façonnant comme des pièges, ton sommet, Parmelan !
Tes versants abrupts où un soleil timide apporte
Avec une touche modeste, ses taches de lumière.
C’est un soleil perdu au fond de la tourmente
Qui me rappelle à toi dans la peine et l’épreuve,
Dans l’amour et la joie,
Confiant de te voir briller tous les jours
De mille et une couleurs,
Petite fleur bleue, immortelle, à ma boutonnière.

Matin gris

Que je voudrais dire je t’aime
Par le couvert de forme étrange,
Crayon sur fond de toile en lin
Propice à tes couleurs sincères.
Le grand pouvoir, né du poème
Lui-même issu de bouche d’ange
Te crie, l’artiste, amie, sans fin,
Ma vie c’est toi qui la libère.
Tu me détaches au monde blême
Issue fatale et qui dérange
Une cigale en son festin.
La liberté, demain, j’espère.
Tu es mon astre en tant que telle
A des années lumière de moi !
Je crie à en devenir fou,
Perdu dans les décors du rêve
Où je te cherche où je te trouve
Où je te perds et puis... (extrait)

Dernière volonté

Sais-tu que loin d’imaginer la monotonie des établissements,
Les volutes colorées du conte féerique dans lequel je te devine
Et où je vis, m’obsèdent, divines... (extrait)


Extrait du recueil Femme Fée - Pascal Regnaudin

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