Extrait du recueil
Pascal Regnaudin : poésie interprétée sur composition musicale (lecteur, lectrices et musicien)
Préface
Vos écrits correspondent à une sensibilité tournée vers l’exigence d’absolu et de partages intenses d’une densité rare. Je ne sais s’ils ont trouvé l’oreille susceptible de les rejoindre. Je vous
le souhaite. Plein de vie à vous.
(Jacques Salome)
Recueil de pensées pour une femme
Née entre l’imaginaire et le réel…
Le gong cuivré
J’aime beaucoup notre étoile se tramant sous les arbres,
Les amours de rencontre en cette forêt de vies,
Voyager dans les livres et dans le ciel de nuit,
Débarquer par surprise sur un port de pêche,
Respirer l’air des montagnes par-dessus les nuages,
Ecouter le chant des oiseaux, humer l’air de notre planète,
Jouer dans le vent jusque l’ivresse qui m’habite alors,
Déborde en caresses d’amour, partout,
Rire, courir vers l’inconnu qui m’exalte,
Partager ce qui m’enchante…
Le temps écoule des visages aux yeux clairs qui s’épanouissent
Sur un sol fertile, ces visages reflétant le gong cuivré !
Ce gong, il se lève de derrière les montagnes incandescentes ;
La hauteur grave, retentissante des cavernes,
Les inflexions parallèles des bruits dans notre ville ; la clarté qui respire…
Cet orphéon qui vocalise. Notre puissante nature
Dans laquelle tu baigneras à l’unisson parmi les animaux,
Les végétaux, les minéraux, l’infiniment grand ou petit.
Chant qu’édifie l’étoile de ses rayons sculpteurs,
Soleil du corps, gong de l’esprit.
Le vent balaye les tourments qui nous assiègent…
Le souffle de l’activité créatrice gonfle les voiles
Et laisse au port le lointain... (extrait)
Néréide aventurière
Les conséquences d’une rencontre, fut-elle fortuite,
Pouvaient simplifier l’attribut jusque l’hymen infécond.
Il fallut, pour que le sort nous jetât l’aventure,
Un septembre ocre et pourpre sur l’espace vif d’une végétation abondante,
Eternelle parure de l’onde par là-même mystérieuse
Où sévissait un plat rocher à l’abri des joncs.
Comme si la soif d’un prince eut, sur la pierre, été un appel,
Une porte s’ouvrit brusquement :
Jadis, un aventurier, sur la berge feuillue d’une rivière,
Et qui but l’eau limpide à la cruche
Amoureusement tendue par une nymphe bleue,
N’eut pas le temps d’exaucer sa prière
Que le liquide frais, à la bouche,
Le transporta en d’autres lieux !…
L’écoulement des âges en ces contrées rêveuses
Balançait et d’avance inopinément entre minute et siècle.
Après un laps d’éternité à deviner celle
Qui se devait fleurir en oraison nuptiale,
L’homme se retrouva nu devant sa solitude !
Aucune femme-fleur se détachant du sein de l’arbre
Et dont la chevelure semblait faite de pétales d’or
Qu’il effleure puis caresse.
Aucun bruissement de... (extrait)
Le masque porteur
Aujourd’hui c’est le carnaval. Derrière leurs masques grotesques,
Souriants, tristes, menaçants, ne se cachent-ils pas les gens
Dans leurs fantasmes les plus extravagants ?!…
J’aimerais connaître celle qui porte un masque de sorcier africain
Plus particulièrement, parce qu’elle le porte bien, elle le tient à la main !
Son visage est tout épanoui et cherche en vain l’âme sœur
Un cœur humble comme... (extrait)
Thétis
Avec pour langage rien qu’un battement d’aile,
L’éclat de ton regard, petite nymphe,
Et sans qu’aucune étoile ne puisse m’éblouir d’avantage,
Me dévoile une volute de pensées bleues !
Toujours halluciné, si j’en devenais fou,
Le sillon pétillant de lumière
Que tu as tracé dans mon fleuve de sang,
J’irais bien volontiers m’y égarer,
Comme dans une forêt, en dehors du temps.
Tu rêvais endormie, ravissante, souveraine,
Cupidon fit flèche en ce temps là sur nous,
M’abandonna vaincu, me traîna dans la boue,
Me refoula du monde où tu étais allée.
Quand soudain, apparurent de nouveau en mes songes,
La flèche, dans mon... (extrait)
Exposition de peinture
Tu me tenais la main et nous baladions nos cœurs
Sur un petit boulevard, dans un quartier grouillant de monde.
Les vibrations orageuses de la foule ne nous touchaient pas.
Notre âme d’artiste nous protégeait. Le froid embaumait l’air,
Et la chaleur de notre amitié naissante
Nous révélait une... (extrait)
Le clown et la petite fille
Ce soir je suis seul comme tous les soirs et j’écris :
Une petite fille, perdue, abandonnée, vint par chez les forains
Croiser son chemin lugubre et plein de désarrois !
Quand soudain le nez rouge au pied d’une roulotte
Lui fit écarquiller les yeux. Il semblait bien penaud.
Et dans la caravane un visage tout blanc,
De par sa grosse bouche rouge, lui souriait !...
C’est alors qu’un papillon tournicota sur la trop grande veste à carreaux !
Elle se mit à rire, petite princesse et pleurant en même temps,
Des larmes de diamant perlaient sur ses joues rosies par le froid de son pauvre cœur !
La porte s’ouvrit puis, dans... (extrait)
Présage d’une sirène
Corse : mars 2002. Je pense à Thétis inlassablement.
Viendras-tu sur cette île caressée de bleu ?
Il arrive qu’elle me donne plus que je n’attends d’elle
Malgré que je la veuille toujours plus irréelle…
Puisque j’apprécie la séduction chez la femme,
Libérale, elle se joue de mes désirs !...
Elle veut m’étonner, elle veut me plaire,
Je pense l’avoir en moi et être en elle…
Mais d’elle, je ne possède toujours que l’apparence.
Tu es l’île de mes illusions…
La femme de mes rêves !
L'oreille du chêne
Le chêne me regarde… je le regarde… il ne pleure pas sa feuille morte et ne perd aucune majesté face à cet abandon fertile.
La bonne nouvelle s'étire avec le printemps… Joueuse, passionnément insouciante… Estivale, elle se pare d’or sous les cieux et colle à la peau, brassage de poussière et de suée amoureuses.
Pourpre à l’automne, elle embaume de sa palette colorée, saveur exquise dans les jardins intérieurs…
Mais l’hiver arrive lui dis-je et je ne peux me résoudre à l'exil… le déclin me rend triste …
Allonge ta racine et vis, l'ombre de ta stature dessine encore l'été me souffla-t-il à l’oreille.
Le jugement des prétendants
« Alors, dénigrez-vous toujours devant fait accompli ?
Témoin gênant ou bien complice ayant trahi ?
Que vous n’êtes pour rien dans cette tragédie ?
Avez-vous oui ou non embrassé celle qui
Aujourd’hui tremble encore de cette ignominie ?
Etes-vous celui-ci, m’as-tu vu, les « on dit » ?
Arborez-vous toujours fièrement la magie
Des amants séducteurs, grande sorcellerie ?
Condamné que vous êtes et par nous, aujourd’hui
A souffrir le martyr et finir dans l’oubli ?
Ou bien n’êtes-vous que sot, impossible puceau ?
Générateur de... (extrait)
Du Parmelan vers toi
Je vois d’ici un morceau de ciel gris lourd
S’écrasant sur la montagne interdite
Par les crevasses et les glaces blanches
Façonnant comme des pièges, ton sommet, Parmelan !
Tes versants abrupts où un soleil timide apporte
Avec une touche modeste, ses taches de lumière.
C’est un soleil perdu au fond de la tourmente
Qui me rappelle à toi dans la peine et l’épreuve,
Dans l’amour et la joie,
Confiant de te voir briller tous les jours
De mille et une couleurs,
Petite fleur bleue, immortelle, à ma boutonnière.
Matin gris
Que je voudrais dire je t’aime
Par le couvert de forme étrange,
Crayon sur fond de toile en lin
Propice à tes couleurs sincères.
Le grand pouvoir, né du poème
Lui-même issu de bouche d’ange
Te crie, l’artiste, amie, sans fin,
Ma vie c’est toi qui la libère.
Tu me détaches au monde blême
Issue fatale et qui dérange
Une cigale en son festin.
La liberté, demain, j’espère.
Tu es mon astre en tant que telle
A des années lumière de moi !
Je crie à en devenir fou,
Perdu dans les décors du rêve
Où je te cherche où je te trouve
Où je te perds et puis... (extrait)
Dernière volonté
Sais-tu que loin d’imaginer la monotonie des établissements,
Les volutes colorées du conte féerique dans lequel je te devine
Et où je vis, m’obsèdent, divines... (extrait)
Extrait du recueil Femme Fée
Pascal Regnaudin : poésie interprétée sur composition musicale (lecteur, lectrices et musicien)