Extrait de la pièce
La femme : F - L’homme : H
F : Je vous offre mes fleurs ?!
H : Mmm !... Non !
F : Vous n’aimez pas les fleurs ?!
H : Si !... Mais pas les vôtres !... Les roses !... J'aime les roses !
F : Enfin quelqu'un qui n'aime pas mes fleurs !
Elle va déposer le bouquet dans le vase près du personnage en noir qui poursuit toujours sa lecture. Elle ne le voit pas. Elle revient s'asseoir.
F : Vous savez, je viens ici tous les jours depuis plus d’un an, avec un bouquet identique à celui-ci, parce que j’attendais celui qui n’aimerait pas mes fleurs !
H : Quelle drôle d’idée !... Et pourquoi avoir choisi un hall d’hôtel pour une telle rencontre ?!
F : Vous n'imaginez pas !... J’ai rencontré ici des gens extraordinaires !... Des artistes, des avocats, des magiciens, des joueurs, des gangsters… Mais tous ont accepté mes fleurs ! J’attendais…
H : Et bien moi, je suis là par hasard !
F : Il n’y a pas de hasard !... Il suffit d’attendre. Voyez, moi, j’attends celui qui m’emmènera au Pays des Rêves !... « Sur une vaste et blanche grève où le printemps dure toujours »
(chantonné par la voix off assimilée au songe)
…Je ne suis pas folle. Rien que patiente. Je me suis souvent demandé à quoi vous pourriez ressembler.
H : Vous êtes déçue ?
F : De ne plus avoir à attendre !... Oui ! C’est plein d’attentes une vie !... Ca ressemble à des trous !… Mais dès qu’un trou est comblé, il nous faut en découvrir un autre, et puis un autre et puis encore un autre. Ceci jusqu’à ce que le puzzle soit terminé.
H : Alors pourquoi êtes-vous déçue ? J’ai ajouté une pièce à votre puzzle ! Non ?!... Peut-être même une pièce maîtresse !
F : Justement !... Vous étiez sans doute la pièce que j’aimais le plus attendre ! Que vais-je pouvoir attendre maintenant ?!... "Vous savez !" Ce n’est pas ce que vous croyez, l’attente ! C’est le silence qui se transforme en morceau de brioche qu’on grignote lentement, en rêvant…
H : C’est la première fois que je viens ici ! Moi, je n’aime pas attendre. Je veux tout, tout de suite. Attendre, pour moi, c’est … comme se contenter de petites miettes de brioche justement alors que l'essentiel ne viendra peut-être jamais. Seuls, les oiseaux peuvent attendre en picorant leur morceau de brioche. Moi, je ne sais pas ! Lorsque je la croise, l’attente, je lui saute dessus et je l’étouffe en l’asphyxiant avec mes mains. Fini l’attente, envolée l’attente !
F : Pourtant, c’est à force d’attendre que je vous ai trouvé !
H : C’est mourir ! Ce corps que je promène partout est mon bien le plus précieux. Il est exigeant. Il a besoin de bouger, de danser, de s’exercer sans cesse pour ne pas s’abîmer ! Il ne peut pas attendre. Venez, je vous enlève que vous soyez d’accord ou pas !
F : Je suis la voyageuse clandestine d’un train qui n’arrivera jamais !... Ou bien qui ne partira jamais !... Puisque vous êtes celui que j’attendais, restez près de moi à guetter l’horizon. Peut-être nous fera t-il un signe ?
H : Je veux vous emmener, nuit et jour, dans des lieux où rôdent des taureaux sauvages. Nous danserons sous les étoiles, nous courrons ensemble au-devant du soleil ! Laisser donc vos bouquets ! Et suivez-moi !
F : Je ne sais pas !... Je ne sais pas !... Me pardonnerez-vous d’avance s’il arrivait qu’au cours de vos folles escapades je vous lâche la main ?!...
H : Ne perdons pas de temps ! Quittons ce hall d’hôtel ! Cette salle d’attente ! Comprenez-moi, je ne fais que passer, si l’on s’assoit trop longtemps, le temps passe … et on ne sait plus ce qu’on attend ! Immobilité et solitude, c’est le même chagrin vide !
F : Oui mais !... Vous êtes bien pressé !... Je ne sais plus par où je suis entrée, ni où est la sortie !
H : Il y a sûrement une autre issue ! Nous appellerons " au secours !". Même dans l’aéroport de San Francisco, il y a des gens qui sombrent dans l’oubli à force d’attendre. Pourtant, il y a des portes partout, dans les aéroports ! Des gens de passage vivants et secourables !... Moi !... Allez ! Venez, suivez-moi, il est temps de partir ! Bientôt nous serons hors d’attente … hors d'atteinte, comme des enfants, toujours en mouvement !
F : C’est que… je ne peux pas partir. Je ne veux pas bouger. Bouger, c’est fait pour les rêveurs, les gaspilleurs de temps, les étourdis, les détourneurs d’oiseaux… Moi, je suis là pour bien autre... (extrait)
Extrait de la pièce Dominos - Pascal Regnaudin - Francine Héry - Jean-Baptiste Lavigne
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La femme : F - L’homme : H
F : Je vous offre mes fleurs ?!
H : Mmm !... Non !
F : Vous n’aimez pas les fleurs ?!
H : Si !... Mais pas les vôtres !... Les roses !... J'aime les roses !
F : Enfin quelqu'un qui n'aime pas mes fleurs !
Elle va déposer le bouquet dans le vase près du personnage en noir qui poursuit toujours sa lecture. Elle ne le voit pas. Elle revient s'asseoir.
F : Vous savez, je viens ici tous les jours depuis plus d’un an, avec un bouquet identique à celui-ci, parce que j’attendais celui qui n’aimerait pas mes fleurs !
H : Quelle drôle d’idée !... Et pourquoi avoir choisi un hall d’hôtel pour une telle rencontre ?!
F : Vous n'imaginez pas !... J’ai rencontré ici des gens extraordinaires !... Des artistes, des avocats, des magiciens, des joueurs, des gangsters… Mais tous ont accepté mes fleurs ! J’attendais…
H : Et bien moi, je suis là par hasard !
F : Il n’y a pas de hasard !... Il suffit d’attendre. Voyez, moi, j’attends celui qui m’emmènera au Pays des Rêves !... « Sur une vaste et blanche grève où le printemps dure toujours »
(chantonné par la voix off assimilée au songe)
…Je ne suis pas folle. Rien que patiente. Je me suis souvent demandé à quoi vous pourriez ressembler.
H : Vous êtes déçue ?
F : De ne plus avoir à attendre !... Oui ! C’est plein d’attentes une vie !... Ca ressemble à des trous !… Mais dès qu’un trou est comblé, il nous faut en découvrir un autre, et puis un autre et puis encore un autre. Ceci jusqu’à ce que le puzzle soit terminé.
H : Alors pourquoi êtes-vous déçue ? J’ai ajouté une pièce à votre puzzle ! Non ?!... Peut-être même une pièce maîtresse !
F : Justement !... Vous étiez sans doute la pièce que j’aimais le plus attendre ! Que vais-je pouvoir attendre maintenant ?!... "Vous savez !" Ce n’est pas ce que vous croyez, l’attente ! C’est le silence qui se transforme en morceau de brioche qu’on grignote lentement, en rêvant…
H : C’est la première fois que je viens ici ! Moi, je n’aime pas attendre. Je veux tout, tout de suite. Attendre, pour moi, c’est … comme se contenter de petites miettes de brioche justement alors que l'essentiel ne viendra peut-être jamais. Seuls, les oiseaux peuvent attendre en picorant leur morceau de brioche. Moi, je ne sais pas ! Lorsque je la croise, l’attente, je lui saute dessus et je l’étouffe en l’asphyxiant avec mes mains. Fini l’attente, envolée l’attente !
F : Pourtant, c’est à force d’attendre que je vous ai trouvé !
H : C’est mourir ! Ce corps que je promène partout est mon bien le plus précieux. Il est exigeant. Il a besoin de bouger, de danser, de s’exercer sans cesse pour ne pas s’abîmer ! Il ne peut pas attendre. Venez, je vous enlève que vous soyez d’accord ou pas !
F : Je suis la voyageuse clandestine d’un train qui n’arrivera jamais !... Ou bien qui ne partira jamais !... Puisque vous êtes celui que j’attendais, restez près de moi à guetter l’horizon. Peut-être nous fera t-il un signe ?
H : Je veux vous emmener, nuit et jour, dans des lieux où rôdent des taureaux sauvages. Nous danserons sous les étoiles, nous courrons ensemble au-devant du soleil ! Laisser donc vos bouquets ! Et suivez-moi !
F : Je ne sais pas !... Je ne sais pas !... Me pardonnerez-vous d’avance s’il arrivait qu’au cours de vos folles escapades je vous lâche la main ?!...
H : Ne perdons pas de temps ! Quittons ce hall d’hôtel ! Cette salle d’attente ! Comprenez-moi, je ne fais que passer, si l’on s’assoit trop longtemps, le temps passe … et on ne sait plus ce qu’on attend ! Immobilité et solitude, c’est le même chagrin vide !
F : Oui mais !... Vous êtes bien pressé !... Je ne sais plus par où je suis entrée, ni où est la sortie !
H : Il y a sûrement une autre issue ! Nous appellerons " au secours !". Même dans l’aéroport de San Francisco, il y a des gens qui sombrent dans l’oubli à force d’attendre. Pourtant, il y a des portes partout, dans les aéroports ! Des gens de passage vivants et secourables !... Moi !... Allez ! Venez, suivez-moi, il est temps de partir ! Bientôt nous serons hors d’attente … hors d'atteinte, comme des enfants, toujours en mouvement !
F : C’est que… je ne peux pas partir. Je ne veux pas bouger. Bouger, c’est fait pour les rêveurs, les gaspilleurs de temps, les étourdis, les détourneurs d’oiseaux… Moi, je suis là pour bien autre... (extrait)
Extrait de la pièce Dominos - Pascal Regnaudin - Francine Héry - Jean-Baptiste Lavigne
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