TEXTE

Extrait du recueil


Il suffit d’étudier l’évolution des espèces
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Il suffit d’étudier l’histoire de l’humanité pour se rendre compte que le pouvoir a toujours été conservé par ce que l’on appelle communément l’élite, qu’elle soit glacée ou brûlante et qu’on le veuille ou non, ce qui n’empêche pas si l’on y réfléchit bien et pour ceux qui en estime raison, de vivre heureux, de s’épanouir. Encore qu’il faille contribuer à cette mouvance alchimique par le biais d’un travail sur soi-même, sans chercher non plus et comme un forcené, à devenir un maître. Le travail favorise considérablement l’essor, l’épanouissement et donc l’évolution de l’être profond qui nous anime. A l’affût des sondages, je m’aperçois hélas que pour bon nombre de sujets, l’idée d’un travail semble déraisonnable et que par conséquent rien ne sert de courir ni d’ailleurs de partir à point, on ne part pas du tout. Qu’avoir encore besoin d’un plus petit que soi n’est plus envisageable car enfin, pour faire quoi ?
Alors, bien sûr, découle de ce triste bilan, la polémique sur ma théorie existentialiste : descendons-nous effectivement de l’arbre symbolique comme le singe, ou bien y restons-nous accroché comme ce mammifère arboricole édenté à mouvements très lents qui vit dans les forêts tropicales d’Amérique Latine : on l’appelle Aï, le paresseux. Cet animal apathique, fainéant, inactif, mou, nonchalant, flemmard ! Cet animal qui est toujours endormi, lent, je dirais même inerte ! Le paresseux a peut-être toujours envie de faire quelque chose mais il ne fait jamais rien, éternellement accroché à sa branche, mâchonnant une feuille d’eucalyptus pendant des heures. Hormis le bien-fondé de ce merveilleux animal pacifique, dites-moi, les paresseux sont-ils issus de la création pure ou de l’évolution des espèces ?!

Cette vieille dame la bouteille
Patrimonio est un village situé au sud du Cap Corse, sur la route des vins
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Cette bouteille de Patrimonio, millésimée, divine en apparence et prometteuse de volutes m'enveloppant déjà, me fut apportée sur une table de jardin planté de bois exotiques et voluptueux des senteurs mauresques. La serveuse ?... Une jeune femme ondulante à souhait vers le sensuel exotisme. Son galbe m’offrit un bonheur de frisson lorsque mes doigts effleurèrent ces courbes enjôleuses.  Des gouttelettes perlaient à la saison torride sur ce caractère étonnement voluptueux. Son corps, peut-être négocié dans les plus beaux palais, mais aussi son espoir d’être un jour goûtée par une bouche experte, ivre de sa beauté, attendaient avec une infinie patience. Elle fut ouverte à mes naseaux entre des cuisses chaudes et l'on me proposa de la goûter avant d'abuser d'elle sans aucune modération.
Pourtant détrompez-vous car si mes yeux rêveurs de sur la jeune femme, cherchaient un peu d’ivresse en guise d’aventure, mes pensées n’en allaient pas moins pour la vieille dame. 

Fidèle vagabond de premier choix
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Fidèle vagabond, je réside dans ma possibilité d’entrevoir une palette riche en couleurs, là où il n’y a que la monochromie de mon existence ; intense vie, là où ne s’espère rien d’autre que le principe de ma réalité. Le regard à l’agonie, je mourrai tôt ou tard, c’est bien vrai. Mais j’aurai su aimer tout aussi bien que vous.
La mort tire à vue sur tout ce qui bouge. Elle se fout de savoir qui je suis, d’où je viens, quelle est la prestance de mon compte bancaire, la couleur de mes yeux, le nom de mon chien, ses traits de caractère, si je suis un sauvage ou bien civilisé. Mais que je sache terriblement qu’engoncé dans mes principes respectables, je suis une cible de premier choix.

Les métiers persistants
Inspiré par un article du journal Le Monde
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-Les métiers du livre : Écrivain, scénariste, journaliste, correspondant, historien, photograveur, imprimeur, façonnier, relieur, concepteur, maquettiste, photographe, correcteur, éditeur, distributeur, libraire, bibliothécaire, bouquiniste, dessinateur, peintre, publicitaire etc.
-Les métiers du livre : Épouse, amante, amie, adoratrice, traductrice, accompagnatrice, donatrice, copiste, dactylo, dévouée éditrice, sage négociatrice, agent littéraire, inspiratrice, muse, conseillère, ardente et douce collaboratrice bourrant la pipe de l'écrivain et nettoyant ses cabinets, cuisinière, archiviste, bibliothécaire, lectrice, femme de ménage dans les musées d'écrivains, créatrice de fondations des poètes persistants.

Le nouvel an aux éclats du diamant 
Vœux 2007
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Le nouvel an approche vraiment. Les heures sont comptées et si je me pare d'habits somptueux ou que je garde mes haillons pour fêter l'évènement, le temps s'en contrefiche et ne voit dans ce tout petit chiffre fêté par mes mathématiques, du haut de son infinité, qu'un prétexte pour apprécier qui je suis vraiment dans le moment présent.
Je vous souhaite en passant sur le temps, de bien vivre chaque seconde comme l'enfant qui glisse sur un toboggan sans fin, les cheveux au vent et le rire aux éclats du diamant.


Extrait du recueil Entelekheia - Pascal Regnaudin (version 2012)

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Extrait du recueil


Préface

Vos écrits correspondent à une sensibilité tournée vers l’exigence d’absolu et de partages intenses d’une densité rare. Je ne sais s’ils ont trouvé l’oreille susceptible de les rejoindre. Je vous le souhaite. Plein de vie à vous.
(Jacques Salome)

Néréide aventurière

Les conséquences d’une rencontre, fut-elle fortuite,
Pouvaient simplifier l’attribut jusque l’hymen infécond.
Il fallut, pour que le sort nous jetât l’aventure,
Un septembre ocre et pourpre sur l’espace vif d’une végétation abondante,
Eternelle parure de l’onde par là-même mystérieuse
Où sévissait un plat rocher à l’abri des joncs.
Comme si la soif d’un prince eut, sur la pierre, été un appel,
Une porte s’ouvrit brusquement :
Jadis, un aventurier, sur la berge feuillue d’une rivière,
Et qui but l’eau limpide à la cruche
Amoureusement tendue par une nymphe bleue,
N’eut pas le temps d’exaucer sa prière
Que le liquide frais, à la bouche,
Le transporta en d’autres lieux !…
L’écoulement des âges en ces contrées rêveuses
Balançait et d’avance inopinément entre minute et siècle.
Après un laps d’éternité à deviner celle
Qui se devait fleurir en oraison nuptiale,
L’homme se retrouva nu devant sa solitude !
Aucune femme-fleur se détachant du sein de l’arbre
Et dont la chevelure semblait faite de pétales d’or
Qu’il effleure puis caresse.
Aucun bruissement de... (extrait)

Le masque porteur

Aujourd’hui c’est le carnaval. Derrière leurs masques grotesques,
Souriants, tristes, menaçants, ne se cachent-ils pas les gens
Dans leurs fantasmes les plus extravagants ?!…
J’aimerais connaître celle qui porte un masque de sorcier africain
Plus particulièrement, parce qu’elle le porte bien, elle le tient à la main !
Son visage est tout épanoui et cherche en vain l’âme sœur
Un cœur humble comme... (extrait)

Le clown et la petite fille

Ce soir je suis seul comme tous les soirs et j’écris :
Une petite fille, perdue, abandonnée, vint par chez les forains
Croiser son chemin lugubre et plein de désarrois !
Quand soudain le nez rouge au pied d’une roulotte
Lui fit écarquiller les yeux. Il semblait bien penaud.
Et dans la caravane un visage tout blanc,
De par sa grosse bouche rouge, lui souriait !...
C’est alors qu’un papillon tournicota sur la trop grande veste à carreaux !
Elle se mit à rire, petite princesse et pleurant en même temps,
Des larmes de diamant perlaient sur ses joues rosies par le froid de son pauvre cœur !
La porte s’ouvrit puis, dans... (extrait)

Le jugement des prétendants

« Alors, dénigrez-vous toujours devant fait accompli ?
Témoin gênant ou bien complice ayant trahi ?
Que vous n’êtes pour rien dans cette tragédie ?
Avez-vous oui ou non embrassé celle qui
Aujourd’hui tremble encore de cette ignominie ?
Etes-vous celui-ci, m’as-tu vu, les « on dit » ?
Arborez-vous toujours fièrement la magie
Des amants séducteurs, grande sorcellerie ?
Condamné que vous êtes et par nous, aujourd’hui
A souffrir le martyr et finir dans l’oubli ?
Ou bien n’êtes-vous que sot, impossible puceau ?
Générateur de... (extrait)

Du Parmelan vers toi


Je vois d’ici un morceau de ciel gris lourd
S’écrasant sur la montagne interdite
Par les crevasses et les glaces blanches
Façonnant comme des pièges, ton sommet, Parmelan !
Tes versants abrupts où un soleil timide apporte
Avec une touche modeste, ses taches de lumière.
C’est un soleil perdu au fond de la tourmente
Qui me rappelle à toi dans la peine et l’épreuve,
Dans l’amour et la joie,
Confiant de te voir briller tous les jours
De mille et une couleurs,
Petite fleur bleue, immortelle, à ma boutonnière.

Matin gris

Que je voudrais dire je t’aime
Par le couvert de forme étrange,
Crayon sur fond de toile en lin
Propice à tes couleurs sincères.
Le grand pouvoir, né du poème
Lui-même issu de bouche d’ange
Te crie, l’artiste, amie, sans fin,
Ma vie c’est toi qui la libère.
Tu me détaches au monde blême
Issue fatale et qui dérange
Une cigale en son festin.
La liberté, demain, j’espère.
Tu es mon astre en tant que telle
A des années lumière de moi !
Je crie à en devenir fou,
Perdu dans les décors du rêve
Où je te cherche où je te trouve
Où je te perds et puis... (extrait)

Dernière volonté

Sais-tu que loin d’imaginer la monotonie des établissements,
Les volutes colorées du conte féerique dans lequel je te devine
Et où je vis, m’obsèdent, divines... (extrait)


Extrait du recueil Femme Fée - Pascal Regnaudin

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Extrait de la pièce


La femme : F  -  L’homme : H


F : Je vous offre mes fleurs ?!

H : Mmm !... Non !

F : Vous n’aimez pas les fleurs ?!

H : Si !... Mais pas les vôtres !... Les roses !... J'aime les roses !

F : Enfin quelqu'un qui n'aime pas mes fleurs !

Elle va déposer le bouquet dans le vase près du personnage en noir qui poursuit toujours sa lecture. Elle ne le voit pas. Elle revient s'asseoir.

F : Vous savez, je viens ici tous les jours depuis plus d’un an, avec un bouquet identique à celui-ci, parce que j’attendais celui qui n’aimerait pas mes fleurs !

H : Quelle drôle d’idée !... Et pourquoi avoir choisi un hall d’hôtel pour une telle rencontre ?!

F : Vous n'imaginez pas !... J’ai rencontré ici des gens extraordinaires !... Des artistes, des avocats, des magiciens, des joueurs, des gangsters… Mais tous ont accepté mes fleurs ! J’attendais…

H : Et bien moi, je suis là par hasard !

F : Il n’y a pas de hasard !... Il suffit d’attendre. Voyez, moi, j’attends celui qui m’emmènera au Pays des Rêves !... « Sur une vaste et blanche grève où le printemps dure toujours »

(chantonné par la voix off assimilée au songe)

…Je ne suis pas folle. Rien que patiente. Je me suis souvent demandé à quoi vous pourriez ressembler.

H : Vous êtes déçue ?

F : De ne plus avoir à attendre !... Oui ! C’est plein d’attentes une vie !... Ca ressemble à des trous !… Mais dès qu’un trou est comblé, il nous faut en découvrir un autre, et puis un autre et puis encore un autre. Ceci jusqu’à ce que le puzzle soit terminé.

H : Alors pourquoi êtes-vous déçue ? J’ai ajouté une pièce à votre puzzle ! Non ?!... Peut-être même une pièce maîtresse !

F : Justement !... Vous étiez sans doute la pièce que j’aimais le plus attendre ! Que vais-je pouvoir attendre maintenant ?!... "Vous savez !" Ce n’est pas ce que vous croyez, l’attente ! C’est le silence qui se transforme en morceau de brioche qu’on grignote lentement, en rêvant…

H : C’est la première fois que je viens ici ! Moi, je n’aime pas attendre. Je veux tout, tout de suite. Attendre, pour moi, c’est … comme se contenter de petites miettes de brioche justement alors que l'essentiel ne viendra peut-être jamais. Seuls, les oiseaux peuvent attendre en picorant leur morceau de brioche. Moi, je ne sais pas ! Lorsque je la croise, l’attente, je lui saute dessus et je l’étouffe en l’asphyxiant avec mes mains. Fini l’attente, envolée l’attente !

F : Pourtant, c’est à force d’attendre que je vous ai trouvé !

H : C’est mourir ! Ce corps que je promène partout est mon bien le plus précieux. Il est exigeant. Il a besoin de bouger, de danser, de s’exercer sans cesse pour ne pas s’abîmer ! Il ne peut pas attendre. Venez, je vous enlève que vous soyez d’accord ou pas !

F : Je suis la voyageuse clandestine d’un train qui n’arrivera jamais !... Ou bien qui ne partira jamais !... Puisque vous êtes celui que j’attendais, restez près de moi à guetter l’horizon. Peut-être nous fera t-il un signe ?

H : Je veux vous emmener, nuit et jour, dans des lieux où rôdent des taureaux sauvages. Nous danserons sous les étoiles, nous courrons ensemble au-devant du soleil ! Laisser donc vos bouquets ! Et suivez-moi !

F : Je ne sais pas !... Je ne sais pas !... Me pardonnerez-vous d’avance s’il arrivait qu’au cours de vos folles escapades je vous lâche la main ?!...

H : Ne perdons pas de temps ! Quittons ce hall d’hôtel ! Cette salle d’attente ! Comprenez-moi, je ne fais que passer, si l’on s’assoit trop longtemps, le temps passe … et on ne sait plus ce qu’on attend ! Immobilité et solitude, c’est le même chagrin vide !

F : Oui mais !... Vous êtes bien pressé !... Je ne sais plus par où je suis entrée, ni où est la sortie !

H : Il y a sûrement une autre issue ! Nous appellerons " au secours !". Même dans l’aéroport de San Francisco, il y a des gens qui sombrent dans l’oubli à force d’attendre. Pourtant, il y a des portes partout, dans les aéroports ! Des gens de passage vivants et secourables !... Moi !... Allez ! Venez, suivez-moi, il est temps de partir ! Bientôt nous serons hors d’attente … hors d'atteinte, comme des enfants, toujours en mouvement !

F : C’est que… je ne peux pas partir. Je ne veux pas bouger. Bouger, c’est fait pour les rêveurs, les gaspilleurs de temps, les étourdis, les détourneurs d’oiseaux… Moi, je suis là pour bien autre... (extrait)


Extrait de la pièce Dominos - Pascal Regnaudin - Francine Héry - Jean-Baptiste Lavigne

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